KANYE WEST - YE [CHRONIQUE]

KANYE WEST – YE [CHRONIQUE]

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YeNote

Album : Ye
Artiste : Kanye West
Sortie : 01/06/2018
TOP TRACK : Ghost Town

 

Sobrement intitulé Ye, le 8ème album de sa majesté Kanye West, le plus attendu de la fournée GOOD Music, arrive après l’uppercut DAYTONA et souffre de la comparaison.
7 tracks aussi, le même artiste à la production pour un résultat complètement différent.

Là où DAYTONA ne laisse rien au hasard et semble être le fruit d’un travail de longue haleine, il subsiste un goût d’inachevé à l’écoute de Ye, à l’image de cette cover shootée à la va-vite en route pour la release party. Les montagnes du Wyoming sur un fond nuageux avec cette phrase un peu cliché maladroitement écrite à la main : « I hate being Bi-Polar it’s awesome ».
Finalement cette cover résume assez bien le projet : quelque chose de bricolé qui a son charme mais ne sonne pas très pro ni fini, l’ambiance y est tamisée, un brin nostalgique et les lyrics évoquent beaucoup plus les problèmes mentaux de Kanye que ses opinions politiques qui ont fait la une ces derniers temps, ne cherche pas de réponses ici, Ye n’en apporte pas vraiment et préfère éviter les sujets chauds :

« They say ‘build your own,’ I said, ‘How Sway?’
I said ‘slavery a choice,’ they say, ‘How, Ye?’
Just imagine if they caught me on a wild day »

Alors ce n’est clairement pas le désastre que certains haters attendaient mais ce n’est pas non plus le coup de génie qui nous aurait fait oublier – une fois de plus – tous les dérapages du personnage publique qu’on méprise tous à différents degrés.
Comme sur Pablo, les fulgurances sont là, le beat switch de l’intro, le banger Yikes et son refrain addictif – apparemment écrit par un certain Drake –, le retour du « old Kanye » sur le soulful No Mistakes qui invite la légende Charlie Wilson, le touchant Violent Crimes aux airs de Daughters de Nas et bien sûr le diamant brut Ghost Town, le sommet de l’album.
Une intro très College Dropout prolongée avec émotion par John Legend, un Kid Cudi alcoolisé qui flirte avec la fausse note, un Kanye West qui chante sans autotune – putain ça fait du bien ! – avant une explosion finale portée par le timbre juvénile de 070 Shake, la « secret weapon » GOOD Music qui attire toute la lumière sur les meilleurs morceaux de ces deux 1ers albums (Santeria, Ghost Town et Violent Crimes). Un tournant dans sa carrière qui nous rappelle ce couplet fantastique de Chance The Rapper sur Ultralight Beam :

« I put my hand on a stove, to see if I still bleed,
And nothing hurts anymore, I feel kinda free
We’re still the kids we used to be »

La transition est toute trouvée, comme sur Pablo que Kanye a fignolé des semaines après sa sortie, même ces bons morceaux ne semblent pas terminés, on a la frustrante sensation d’écouter les prémisses d’un chef d’œuvre qui n’a pas eu assez de temps pour maturer. À l’époque de My Beautiful Dark Twisted Fantasy, le Kanye perfectionniste aurait fait de Ghost Town un classique de la trempe de Runaway et aurait donné un peu plus de 2 minutes à No Mistakes, il n’aurait pas laissé John Legend improviser, il aurait certainement retravaillé le refrain de Kid Cudi, il aurait rendu cette dernière partie de 070 Shake un peu moins déstructurée et il n’aurait surtout pas laissé des trous dans ses couplets !

Lyricalement c’est à peu près la même chose, on oscille entre une plongée intéressante dans l’esprit troublé de Ye :

« They know I got demons all on me
Devil been tryna make an army
They been strategizing to harm me
They don’t know they dealin’ with a zombie
Niggas been tryna test my Gandhi
Just because I’m dressed like Abercrombie »

« Someday the drama’ll be gone, and they’ll pray
Sometimes I take all the shine, talk like I drank all the wine
Years ahead but way behind, I’m on one, two, three, four, five
No half-truths, just naked minds, caught between space and time »

Et des punchlines pas très inspirées (quand elles sont terminées) :

« Don’t get your tooth chipped like Frito-Lay »
« Thought I was gonna run—DMC, huh? »
« Russell Simmons wanna pray for me too
I’ma pray for him ’cause he got #MeToo’d
Thinkin’ what if that happened to me too
Then I’m on E! News »

« Just bein’ salty, but niggas is nuts »

Il n’oublie pas non plus de répondre à Drake sur No Mistakes mais ça sonne un peu hors contexte sur cette instru soulful :

« These two wrongs’ll right you
I was too grown in high school
The true soul of Ice Cube
Too close to snipe you
Truth told, I like you
Too bold to type you
Too rich to fight you
Calm down, you light skin! »

On décèle un brin d’humilité et de regret envers sa Kim qu’il remercie de sa fidélité malgré le cirque médiatique qu’il génère :

« Oh, don’t bring that up, that’s gon’ get me sentimental
You know I’m sensitive, I got a gentle mental
Every time something happen, they want me sent to mental
We had an incident but I cover incidentals »

Sa vision des femmes a également évolué depuis qu’il a une petite fille et il en devient touchant dans le lumineux Violent Crimes :

« Father forgive me, I’m scared of the karma
‘Cause now I see women as something to nurture
Not somethin’ to conquer »

« I pray that you don’t get it all at once
Curves under your dress, I know it’s pervs all on the net
All in the comments, you wanna vomit
That’s your baby, you love her to death »

« She can’t comprehend the danger she’s in
If you whip her ass, she move in with him
Then he whip her ass, you go through it again
But how you the devil rebuking the sin? »

Mais sa bipolarité est omniprésente tout au long du projet et le Kanye égocentrique et mysogine n’est jamais très loin et donne un peu moins de crédit à ces belles déclarations :

« You know how many girls I took to the titty shop?
If she get the ass with it, that’s a 50 pop »

« I could have Naomi Campbell
And still might want me a Stormy Daniels
Sometimes, you gotta back to boss up
I call that taking Corey Gambles »

« I love your titties ’cause they prove I can focus on two things at once »

Musicalement les productions sont finalement assez avares en samples et le mastering n’est pas parfait, on est à l’opposé des beats spectaculaires de DAYTONA, All Mine se limite à une ligne de basse et un refrain douteux de Young Thug, Wouldn’t Leave s’appuie sur quelques accords de piano et des vocalises, on ressent une certaine anxiété et pas mal de souffrance dans la musique de Ye qu’on pourrait presque interpréter comme un appel à l’aide :

« Oh, I got dirt on my name, I got white on my beard
I had debt on my books, it’s been a shaky-ass year »

Cette émotion brute qui se dégage de cet album ne semble jamais fabriquée et n’a pas vraiment eu le temps d’être lissée pour une audience plus mainstream, à l’image du refrain de Kid Cudi, c’est la qualité et le défaut de cet enregistrement dans l’urgence.
En effet, on a appris récemment que Kanye West avait effacé tout son album suite à ses propos polémiques sur l’esclavage et qu’il avait enregistré une nouvelle version en deux semaines, ajoute à ça le fait qu’il travaille sur 5 albums en même temps et ce résultat mitigé n’a rien de surprenant.

L’album commence bien et finit très bien mais il y a ce ventre mou pas très intéressant qui plombe l’écoute et ne rend que plus évidents les défauts des morceaux réussis, en l’espace de quelques jours Kanye a exposé les forces et les faiblesses d’un album limité à 7 tracks, DAYTONA est percutant, maîtrisé et cohérent, Ye est brouillon, inachevé et ne réussit presque jamais à transformer ses éclairs de génie en chansons abouties, nous rappelant ces lignes de False Prophets de J. Cole :

« He’s falling apart but we deny it
Justifying the half-assed shit he drop, we always buy it »

Kanye West n’est certainement pas fini ni en manque d’inspiration comme j’ai pu le lire à droite à gauche, n’oublions pas que c’est aussi lui qui a produit DAYTONA que certains qualifient déjà de « classique », personnellement sa musique m’intéresse toujours autant et si tu doutes de lui, Ghost Town est un rappel de son génie, malheureusement cette fois la magie ne prend pas, Ye n’est en rien aussi révolutionnaire que ses prédécesseurs et aucun de ses morceaux ne marquera son époque comme Runaway, Flashing Lights ou Jesus Walks.

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Pour les fans de Yeezy, on a les vinyles de College Dropout, Late Registration808’s & Heartbreak, Watch The Throne et My Beautiful Dark Twisted Fantasy sur le shop :


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