SCHOOLBOY Q - CRASH TALK [CHRONIQUE]

SCHOOLBOY Q – CRASH TALK [CHRONIQUE]

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CrasH TalkNote

Album : CrasH Talk
Artiste : ScHoolboy Q
Sortie : 26/04/2019
TOP TRACK : Floating

 

D’habitude j’attends plus longtemps avant de chroniquer un projet, c’est un peu comme le vin, les meilleurs albums ne dévoilent tous leurs arômes qu’après un certain temps de maturation mais je vais faire une exception cette fois-ci pour deux raisons : la 1ère c’est qu’on est dimanche, il ne fait pas beau et je me fais chier, la 2nde c’est que j’ai la sensation que cet album n’a pas grand-chose à révéler sous son trash bag.

On ne va pas se mentir, on la sentait venir la déception, 3 ans entre Blank Face et CrasH Talk, manque d’inspiration certain que Q a confirmé puisqu’il a balancé trois albums à la poubelle entre temps dont un parce que Jay Rock et Kendrick lui ont dit que c’était de la merde !
Dès la promotion quelque chose sonnait faux, comme si le label n’y croyait pas vraiment et Q non plus d’ailleurs, blaguant sur son Insta en demandant à J. Cole la machine à fake streams…  Des singles et des clips peu inspirés, un freestyle de moins de 2 minutes sur un beat trap tout à fait quelconque, pas digne d’un album… Puis ce CHopstix, probablement le pire single de la disco de ScHoolboy Q, qui, soit dit en passant, est très bon pour faire de la musique commerciale de qualité mais tape souvent à côté quand il s’agit des singles (Collard Greens, Studio, THat Part…), on ne va pas revenir sur ce refrain proche du néant de Travis Scott qui devient presque une parodie de lui-même, en plus d’être assez vide lyricalement, ce morceau n’a aucune personnalité et ressemble à un stéréotype de single de n’importe quel album du moment.


C’est d’ailleurs la 1ère chose qui m’a frappé après quelques écoutes, le manque de personnalité de l’album et je dis bien de l’album car si j’apprécie autant ScHoolboy Q c’est justement pour sa personnalité : son flow, sa voix, son instinctivité, son univers sombre et expérimental, son humour noir, son côté Gangster décalé, son style vestimentaire bizarre, ses bobs et ses chapeaux douteux, sa relation avec sa fille Joy, ses moments de folie, son combat avec la dépression, ses addictions… un artiste torturé qui a grandi dans l’ombre de Kendrick pour devenir une force à part entière grâce à 3 projets qui ont marqué la nouvelle génération : sa classic mixtape Habits & Contradictions, le plus commercial Oxymoron qui l’a fait exploser et son album le plus abouti, le brillant Blank Face, jusque-là c’était un quasi sans faute, mais voilà… l’inspiration n’est clairement pas dans ce nouveau projet brouillon et un peu vide (mais pas catastrophique non plus).

C’est assez paradoxale, je trouve les réactions très critiques comparées à d’autres sorties mainstream comme le surcoté Rap or Go To The League, le problème de Q est que le point de comparaison n’est pas le rapgame mais Blank Face et c’est pas la même !
Pour ma part je suis parti tellement défaitiste que je n’ai pas spécialement été déçu et j’ai même vraiment kiffé l’album, il y a toujours ces gros bangers plein d’ignorance avec des refrains qui te cassent la nuque (Gang Gang, 5200, Floating, Die Wit Em…), il y a le Q introspectif sur des prods plus lentes et sombres (Tales, CrasH, Attention…), des sons expérimentaux (Drunk, Dangerous)…
Individuellement tous ces morceaux sont objectivement bons et ne méritent à mon avis pas ces réactions négatives démesurées, il y a clairement à manger pour tout le monde et c’est un peu le problème, ScHoolboy veut nous servir toutes les versions de Q et manque clairement d’un fil conducteur, à la fin ça ressemble plus à un buffet à volonté qu’à un menu réfléchi.

Ça c’est la 1ère bouche, l’excitation des 1ères  écoutes qui t’aveugle un peu quand ça fait 3 ans que t’attends que ton rappeur préféré revienne, puis l’euphorie retombe, les écoutes sont plus profondes, plus précises, plus critiques, plus justes et là tu te rends compte de tous les défauts.
La voix de Q n’est plus aussi puissante que ce qu’elle était, son flow a perdu de sa folie et de son originalité, sa plume semble être à court d’encre, on en revient clairement au manque d’inspiration mais aussi au fardeau de certains artistes : la réussite.

Comment avoir aussi faim qu’à ses débuts quand tu manges du homard et que tu joues au golf ?

Moins flamboyant au mic, il n’en reste pas moins bien au-dessus du lot, c’est toujours le seul mec du game qui me fait kiffer des morceaux Trap, il sait toujours nous mettre dans un état second avec des refrains contagieux, il est toujours aussi imprévisible, il est toujours aussi bon pour faire des bangers que pour faire des sons introspectifs, il fait tout ça toujours mieux que les autres mais juste un peu moins bien qu’avant et le problème c’est que Q n’est pas le seul problème !

Les featurings aussi accentuent ce manque de personnalité, Atlanta est plus représenté que Cali, aucun nom très original, pas de TDE à part Kendrick en hype man, même pas un couplet, Travis Scott nous sert son vomi autotuné habituel, Ty Dolla $ign est là pour le son de l’été qui semble d’ailleurs être un leftover de YG, seul feat West Coast… Finalement la surprise vient d’un rappeur que je n’attendais pas forcément, 21 Savage se débrouille plutôt très bien sur l’énorme Floating. Côté satisfaction il y a aussi ce duo noir avec Kid Cudi qu’on aurait aimé beaucoup plus long (un remix avec Pusha T ?), comme pas mal de sons qui ne semblent pas terminés, j’adore 6Lack mais j’espère qu’il lui a fait moins 50% sur son couplet… encore une fois j’ai envie de comparer à Blank Face, j’ai tout de suite pensé à Groovy Tony / Eddie Kane qui a été retravaillé avec un 3ème et 4ème couplet (Jadakiss s’était vénère) ainsi qu’une outro épique pour parfaire la version album, un contraste qui résume assez bien le gouffre entre les deux projets. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil aux deux tracklists pour s’en rendre compte, Blank Face a une majorité de morceaux entre 4 et 6 minutes vs CrasH Talk entre 2 et 3 minutes 30 seulement pour le plus long morceau…

Les producteurs eux non plus ne sont pas très inspirés, à l’image de Boi-1da qui se contente de ralentir un sample du classique Boom. Le rendu d’ensemble est assez convenu et générique, on a l’impression d’entendre les mêmes prods que dans tous les autres albums Trap avec ces putains de hi-hats 808 qui viennent gâcher même les moments les plus intimes comme le tamisé Drunk.
D’ailleurs je ne sais pas toi mais ça m’a encore plus frappé quand j’ai entendu les drums boom bap de Tales et surtout d’Attention (non ce n’est pas The Alchemist mais Nez & Rio), la ligne de basse et les violons ressortent tellement mieux et la voix rocailleuse de Q résonne enfin, c’est quand même autre chose… LES GARS ARRÊTEZ LA TRAP, ON N’EN PEUT PLUS !!!
Et s’il y a quand même quelques beatmakers qui nous retournent le cerveau (Illmind! sur 5200, Cardo sur Floating, Nez & Rio…) dans l’ensemble on s’est éloigné de ce son expérimental et inclassable qui faisait le charme de ScHoolboy Q, on se rapproche dangereusement des standards mainstream que Kendrick et ses potes redéfinissaient il y a quelques années…

Aujourd’hui TDE perd petit à petit son originalité et, je n’ai pas peur de le dire, vend un peu plus son cul à chaque album. C’est difficilement perceptible et limite sournois puisqu’on reste sur un standard de qualité élevé, toujours bien au-dessus du reste (à part Dreamville peut-être), et on ne s’éloigne jamais trop de l’univers sonore de l’artiste mais les fans ne sont pas dupes et un moment il faut dire les choses : Kendrick a beaucoup trop de talent pour couler mais aujourd’hui il rap avec Rihanna et pose sur du Mike Will Made-It comme tout le monde, le rap West Coast à l’ancienne de Jay Rock s’est « trapisé » et « popifié », Ab-Soul n’a plus rien sorti de bon depuis Control System et ScHoolboy Q a maintenant une étiquette claire de « turn up rap » assez basique mais efficace, voilà où on en est !
Et bizarrement j’ai l’impression qu’on pense tous un peu que cette orientation clairement commerciale vient surtout du label et d’Anthony Tiffith qui nous rappelle un certain Suge Knight

Espérons que Kendrick vienne une fois de plus mettre un coup de pied dans la fourmilière avec un album couillu de la trempe de To Pimp A Butterfly.

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Les vinyles d’Oxymoron et Blank Face LP sont dispo sur le shop :

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