A TRIBE CALLED QUEST - WE GOT IT FROM HERE... THANK YOU 4 YOUR SERVICE [CHRONIQUE]

A TRIBE CALLED QUEST – WE GOT IT FROM HERE… THANK YOU 4 YOUR SERVICE [CHRONIQUE]

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WE GOT IT FROM HERE... THANK YOU 4 YOUR SERVICENote

WE GOT IT FROM HERE… THANK YOU 4 YOUR SERVICE

Timing is everything.
18 ans d’absence et on a pourtant l’impression que le moment ne pouvait pas être plus approprié pour le retour d’A Tribe Called Quest.


Sortie : 11 novembre 2016

BEST TRACKS : Whateva Will Be, Dis Generation, Melatonin, Conrad Tokyo, Ego TOP TRACK
Conrad Tokyo

Timing is everything.

18 ans d’absence et on a pourtant l’impression que le moment ne pouvait pas être plus approprié pour le retour d’A Tribe Called Quest.
Le rapgame part en couille, le monde se divise, des noirs continuent de se faire abattre comme des animaux par des policiers, les bombes pleuvent, la peur pousse les gens vers les extrêmes : un raciste égocentrique et misogyne est à la tête de la plus grande puissance mondiale… et presque symboliquement, les attentats du 13 novembre au Bataclan sont en quelque sorte à l’origine de cet album.

Cette soirée tragique, la tribu se retrouvait chez Jimmy Fallon pour la 1ère fois depuis de nombreuses années, Phife était encore parmi nous et se réconciliait avec son pote Q-Tip après des années de tensions. Ce soir-là, une émotion forcément particulière et une alchimie intacte comme aux premiers jours convinrent Tip et sa bande de  retourner une dernière fois en studio pour enregistrer l’acte final d’une discographie mythique.
Quelques mois plus tard, leur pote décédait tragiquement du diabète, juste le temps d’enregistrer quelques couplets pour ce dernier tour de piste, un ultime album lourd de sens dont le titre – un peu long – a été choisi par le regretté Phife, parti le mic dans la main :

“Doing this album killed him and he was very happy to go out like that.” Jarobi White

Pionniers du jazz rap et du mouvement Native Tongue, A Tribe Called Quest n’a pourtant jamais reçu l’étiquette de « rap intello », essentiel à l’équilibre du groupe, le 5-foot assassin contrebalançait la poésie et la philosophie de Q-Tip avec son humour et son énergie, leur complicité demeure intacte et les quelques back and forth entre les deux potes sont toujours aussi jouissifs, on regrette évidemment qu’il ne soit pas plus présent sur l’album.
Mais Busta Rhymes assure avec brio l’intérim, le 4ème membre caché du groupe lâche quelques-uns de ses couplets les plus inspirés depuis très longtemps. Evidemment les proches de Q-Tip, Consequence et Kanye West, sont également de la partie, même Jarobi, qui avait quitté le navire après le premier album, est de retour et nous prouve qu’il sait kicker, l’inclassable André 3000 et la fougue de Kendrick Lamar et Anderson .Paak complètent ce casting 5 étoiles.
On pourrait se demander ce que font Elton John et Jack White – le chanteur et guitariste des White Stripes – sur cette tracklist mais c’est ne pas connaître le sens de l’expérimentation de Q-Tip depuis les deux bijoux The Renaissance et Kamaal The Abstract notamment, mais également à travers les samples utilisés sur les albums du groupe.

Divisé en deux disques de 8 chansons, la 1ère partie de l’album est plutôt réussie, on commence en terrain connu avec un beat qui nous rappelle Award Tour, les voix de Q-Tip & Phife Dawg s’entremêlent avant l’arrivée de Jarobi, 3 compères plus complices que jamais, les plumes new-yorkaises toujours affûtées :

« We about our business, we not quitters, not bullshitters, we deliver
We go-getters, don’t be bitter ’cause we not just niggas. »

Une entrée en matière prometteuse un peu gâchée par un sample vocal sorti de nulle part.
Un début d’album engagé qui débouche sur le subversif We The People…, premier single de l’album, sur une prod puissante à la El-P, la voix nasillarde de Q-Tip n’a pas la puissance de celle de Killer Mike mais les mots sont ses munitions, un bon coup de pied dans la fourmilière avec un couplet abrasif de Phife :

“You bastards overlooking street art
Better yet, street smarts but you keep us off the charts
So motherfuck your numbers and your statistics
Fuck y’all know about true competition?”

“We got your missy smitten rubbing on her little kitten
Dreaming of a world that’s equal for women with no division.”

Le tout n’est cependant pas très bien enregistré et le refrain de Q-Tip un peu facile et convenu :

“All you Black folks, you must go
All you Mexicans, you must go
And all you poor folks, you must go
Muslims and gays, boy we hate your ways”

La bassline efficace de Whateva Will Be colle beaucoup plus au rap bohème des Tribe et notamment au flow bondissant de Phife, la prod de Tip me fait penser à du Madlib, le groove est dingue bien que le sampling limité et répétitif mais qu’importe, on en redemande.

Le beat s’arrête net et l’ambiance change complètement avec un sample efficace mais cramé du classique d’Elton John, Benny and The Jets, et des scratches douteux, la boucle de piano est un peu quelconque, heureusement que Busta Rhymes vient réveiller le tout, accélérant au passage les flows de Tip et Ali pour une passe d’arme épique.

On revient sur du plus classique avec Dis Generation, les flows rapides de Tip, Phife, Jarobi et Busta s’entrecroisent sur une instru organique et feel good avec un passage de relais à la nouvelle génération qui va forcément faire parler :

« Talk to Joey, Earl, Kendrick, and Cole, gatekeepers of flow »

Le refrain chanté par des enfants est déjà vu et vite lassant mais ça reste un des meilleurs sons de l’album.

Une légende de l’ancienne génération qu’on aurait rêvé entendre sur un son d’A Tribe Called Quest à l’époque c’est André 3000, ça ne se réalise malheureusement qu’en 2016, le beat n’est pas au niveau de cette rencontre au sommet et détonne un peu avec l’ambiance du reste de l’album. 3 Stacks évolue toujours sur une autre planète et à chacune de ses apparitions je me demande ce qu’il attend pour sortir un album et retourner le rapgame.

Melatonin avec l’excellente Marsha Ambrosious aurait pu être un son de The Renaissance (un leftover ?) et a longtemps été ma chanson préférée du skeud avant que je n’entende ce snare qui me gâche l’écoute depuis.
Tu vas me dire que j’abuse et c’est vrai que d’habitude je n’aime pas vraiment rentrer dans les détails, je préfère me focaliser sur la vibe globale de l’album mais la vérité c’est qu’il y a trop de petits défauts que même la nostalgie ne peut pas gommer.

Q-Tip
arrive pourtant à nous prendre par les sentiments pour terminer ce solide premier CD en nous parlant d’amour sur un sample de Bonita Applebum, c’est un peu lisse pour moi mais ça passe tranquillement.

L’enchaînement est lui encore un peu brutal, on change complètement d’ambiance avec un banger plus minimaliste et froid sur lequel Consequence est comme un poisson dans l’eau, c’est pourtant Busta qui lui vole la vedette avec son flow incontrôlable, dommage que son couplet soit sur une boucle beaucoup moins incisive.

La première moitié du 2ème CD nous perd un peu malgré les invités prestigieux, le combo Talib / Kanye / Cons n’arrive pas à retrouver la fraîcheur des premiers albums de Ye et le talent d’Anderson .Paak est bridé par une production pas à son envergure. Entre temps on est passé par un passage reggae somme toute sympa mais assez dispensable et un hommage à Phife complètement raté, on en parle des drums qui partent complètement en couille au milieu du morceau ?

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Heureusement l’album se termine très bien, Kendrick nous réveille avec un couplet court mais très intense qui tranche avec la fluidité des flows de Phife et Tip qui nous lâche un solo au clavier bien cool avant la reprise du refrain. Phife est aussi énervé que Kendrick :

“Move with the fuckery
Trump and the SNL hilarity
Troublesome times, kid, no time for comedy.
Blood clout, you doing
Bulls**t you spewing
As if this country ain’t already ruined”

On repassera sur le mixage douteux, c’est la meilleure chanson de l’album.

Ego fait aussi partie des grandes réussites du skeud, aux antipodes du Gangsta Rap et justement de leurs égos démesurés, les membres d’A Tribe Called Quest ont toujours su garder la tête sur les épaules grâce à leur humour, leur autodérision et leur humilité. La ligne de basse de Jack White est démoniaque et ENFIN un bon sample jazz sur ce putain d’album, quand les cuivres arrivent c’est exactement ce que je me dis : ENFIN UN BON SAMPLE !

L’album se termine de manière sympathique avec le 2ème hommage, réussi cette fois, à Phife – et non une attaque contre Donald Trump comme pouvait présager ce titre presque prophétique -, Bussa Buss sort son patois et son accent jamaïcain sur ce beat qui nous rappelle Can I Kick It ?, Phife pose son dernier couplet et cerise sur le gâteau : les premiers scratches réussis de l’album !

Les comebacks d’artistes mythiques des années 90 sont souvent compliqués, demande à De La Soul, j’ai parfois retrouvé le vintage A Tribe Called Quest, j’ai ressenti leur plaisir à se retrouver en studio, leur alchimie est intacte, leur flows n’ont pas pris une ride, lyricalement c’est toujours aussi drôle et intelligent avec une connotation plus engagée mais je ne peux malgré tout cacher une certaine déception et je ne comprends pas bien la dithyrambe des critiques – enfin si, je la comprends ! –.

Album de l’année ? Classique ? Non, l’album est bon mais a pas mal de défauts, le mix et le mastering sont douteux, les transitions ne sont pas travaillées, le sequencing est un peu aléatoire, les scratches sont presque tous ratés, les effets sonnent datés et surtout, le gros point noir pour moi : les beats sont pour la plupart moyens, ni très bons ni très mauvais et peu importe qui rap, la musique n’est pas là.

Calmez-vous, ce n’est ni un classique, ni l’album de l’année mais un rappel sympathique qui aura le mérite de pousser la nouvelle génération dans les vrais classiques d’A Tribe Called Quest et de Q-Tip.

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